Le stade préopérationnel du développement cognitif selon Piaget

Psychologista
9 Fév, 2024

Le stade préopérationnel de Piaget est le deuxième stade de sa théorie du développement cognitif. Il commence vers l’âge de deux ans et dure jusqu’à l’âge de sept ans environ. Au cours de ce stade, les enfants peuvent penser de manière symbolique et jouer à faire semblant. Cependant, sa pensée est encore égocentrique et manque de logique.

À ce stade, la pensée de l’enfant est pré- (avant) les opérations cognitives. Cela signifie que l’enfant ne peut pas utiliser la logique, transformer, combiner ou séparer les idées (Piaget, 1951, 1952).

Le développement de l’enfant consiste à construire des expériences sur le monde en s’adaptant et en travaillant vers le stade (concret) où il peut utiliser la pensée logique.

À la fin de ce stade, les enfants peuvent représenter mentalement des événements et des objets (fonction sémiotique) et participer à des jeux symboliques.

Exemples d’activités

La concentration est la tendance à se concentrer sur un seul aspect d’une situation à la fois. Lorsqu’un enfant peut se concentrer sur plusieurs aspects d’une situation en même temps, il a la capacité de se décentrer.

À ce stade, les enfants ont des difficultés à penser à plus d’un aspect d’une situation à la fois ; ils ont des difficultés à se décentrer dans les situations sociales, tout comme dans les contextes non sociaux.

L’égocentrisme fait référence à l’incapacité de l’enfant à voir une situation du point de vue d’une autre personne. L’enfant égocentrique suppose que les autres personnes voient, entendent et ressentent exactement la même chose que lui.

Dans la théorie du développement de Jean Piaget, il s’agit d’une caractéristique de l’enfant préopérationnel. Les pensées et les communications des enfants sont typiquement égocentriques (c’est-à-dire qu’elles portent sur eux-mêmes).

Le jeu

Au début de ce stade, les enfants s’engagent souvent dans des jeux parallèles. En d’autres termes, ils jouent souvent dans la même pièce que d’autres enfants, mais ils jouent à côté d’eux plutôt qu’avec eux.

Chaque enfant est absorbé dans son propre monde privé et son discours est égocentrique. En d’autres termes, la principale fonction de la parole à ce stade est d’extérioriser la pensée de l’enfant plutôt que de communiquer avec les autres.

L’enfant n’a pas encore compris la fonction sociale du langage ou des règles.

Représentation symbolique

Le début de la période préopérationnelle (2-3 ans) est marqué par une augmentation spectaculaire de l’utilisation de la fonction symbolique par les enfants.

Il s’agit de la capacité à faire en sorte qu’une chose – un mot ou un objet – représente quelque chose d’autre qu’elle-même. Le langage est peut-être la forme la plus évidente de symbolisme dont font preuve les jeunes enfants.

Cependant, Piaget (1951) affirme que le langage ne facilite pas le développement cognitif, mais qu’il ne fait que refléter ce que l’enfant sait déjà et ne contribue guère à l’acquisition de nouvelles connaissances. Il pense que le développement cognitif favorise le développement du langage, et non l’inverse.

Les tout-petits font souvent semblant d’être des personnes qu’ils ne sont pas (par exemple, un super-héros ou un policier) et peuvent jouer ces rôles avec des accessoires qui symbolisent des objets de la vie réelle. Les enfants peuvent également s’inventer un compagnon de jeu imaginaire.

« Dans le jeu symbolique, les jeunes enfants développent leurs connaissances sur les personnes, les objets et les actions et construisent ainsi des représentations du monde de plus en plus sophistiquées » (Bornstein, 1996, p. 293).

Au fur et à mesure que le stade préopérationnel se développe, l’égocentrisme diminue et les enfants commencent à apprécier la participation d’un autre enfant à leurs jeux et le jeu de « faire semblant » devient plus important.

Pour que cela fonctionne, il va falloir trouver un moyen de réguler les relations de chaque enfant avec l’autre, et c’est de ce besoin que naît l’orientation vers les autres en termes de règles.

L’animisme

Il s’agit de la croyance selon laquelle les objets inanimés (tels que les jouets et les ours en peluche) ont des sentiments et des intentions humaines. Par animisme, Piaget (1929) entend que pour l’enfant préopérationnel, le monde de la nature est vivant, conscient et a un but.

Piaget a identifié quatre stades d’animisme :

  1. Jusqu’à l’âge de 4 ou 5 ans, l’enfant croit que presque tout est vivant et a un but.
  2. Au cours du deuxième stade (5-7 ans), seuls les objets qui bougent ont une raison d’être.
  3. Au stade suivant (7-9 ans), seuls les objets qui bougent spontanément sont considérés comme vivants.
  4. Au dernier stade (9-12 ans), l’enfant comprend que seuls les plantes et les animaux sont vivants.

Il s’agit de la croyance selon laquelle certains aspects de l’environnement sont fabriqués par l’homme (par exemple, les nuages dans le ciel).

Irréversibilité

Il s’agit de l’incapacité d’inverser le sens d’une séquence d’événements pour revenir à son point de départ.

La tâche des trois montagnes

Jean Piaget a utilisé la tâche des trois montagnes (voir l’image ci-dessous) pour vérifier si les enfants étaient égocentriques. Les enfants égocentriques supposent que les autres personnes ont la même vision des trois montagnes qu’eux.

Selon Piaget, à l’âge de 7 ans, la pensée n’est plus égocentrique, car l’enfant peut voir plus loin que son propre point de vue.

Objectif: Piaget et Inhelder (1956) ont voulu savoir à quel âge les enfants se décentrent, c’est-à-dire cessent d’être égocentriques.

Méthode: On montre à un enfant trois montagnes ; la plus haute est recouverte de neige. Au sommet d’une autre montagne se trouvent des arbres, et au sommet de la troisième se trouve une église. L’enfant se tient d’un côté du panneau et une poupée se trouve de l’autre côté.

L’enfant a été autorisé à faire le tour de la maquette, à la regarder, puis à s’asseoir d’un côté. Une poupée est ensuite placée à différents endroits de la table.

On montre à l’enfant des images de la scène à partir de différents points de vue et on lui demande de choisir la vue qui correspond le mieux à ce que la poupée peut « voir ».

piaget three mountains

On lui montre ensuite 10 photographies des montagnes prises dans des positions différentes et on lui demande d’indiquer laquelle correspond à la vue de la poupée.

Piaget a supposé que si l’enfant choisissait correctement la carte montrant la vue de la poupée, il n’était pas égocentrique. L’égocentrisme serait démontré par l’enfant qui choisirait la carte montrant la vue qu’il a vue.

Résultats – En règle générale, un enfant de quatre ans rapporte ce qui peut être vu de son point de vue et non ce qui peut être vu du point de vue de la poupée.

Les enfants de six ans étaient plus conscients des autres points de vue, mais avaient toujours tendance à choisir le mauvais. Cela témoigne d’un égocentrisme car l’enfant a supposé que la poupée « voyait » les montagnes de la même manière que lui

Les enfants de quatre ans choisissaient presque toujours une image qui représentait ce qu’ils pouvaient voir et ne montraient aucune conscience que le point de vue de la poupée pouvait être différent.

Les enfants de six ans ont souvent choisi une image différente de leur propre point de vue, mais ont rarement choisi l’image correspondant au point de vue de la poupée. Seuls les enfants de sept et huit ans ont systématiquement choisi la bonne image.

Conclusion – À l’âge de 7 ans, la pensée n’est plus égocentrique car l’enfant peut voir plus loin que son propre point de vue.

Évaluation – Il a été suggéré que les tâches de Piaget à ce stade peuvent avoir sous-estimé les capacités de l’enfant en raison d’un certain nombre de facteurs, notamment un langage compliqué, des matériaux non familiers, un manque de contexte et des enfants qui interprètent mal l’intention de l’expérimentateur.

Des études plus récentes ont tenté de poser des questions plus claires et de présenter des situations auxquelles les enfants peuvent s’identifier plus facilement
plus facilement.

Évaluation critique

Étude sur la poupée policière

piaget three mountains

Martin Hughes (1975) a soutenu que la tâche des trois montagnes n’avait pas de sens pour les enfants et qu’elle était d’autant plus difficile que les enfants devaient faire correspondre la vue de la poupée avec une photographie.

Hughes a conçu une tâche qui avait un sens pour l’enfant. Il a montré aux enfants un modèle composé de deux murs qui se croisent, d’une poupée « garçon » et d’une poupée « policier ». Il a ensuite placé la poupée policier dans différentes positions et a demandé à l’enfant de cacher la poupée garçon au policier.

Hughes a procédé ainsi pour s’assurer que l’enfant comprenait ce qu’on lui demandait, de sorte que s’il commettait des erreurs, celles-ci lui étaient expliquées et l’enfant essayait à nouveau. Il est intéressant de noter que très peu d’erreurs ont été commises.

L’expérience a alors commencé. Hughes apporta une deuxième poupée policier et plaça les deux poupées à l’extrémité de deux murs, comme le montre l’illustration ci-dessus.

L’enfant devait cacher le garçon aux deux policiers, c’est-à-dire qu’il devait tenir compte de deux points de vue différents.

L’échantillon de Hughes était composé d’enfants âgés de trois ans et demi à cinq ans, dont 90 % ont donné des réponses correctes. Même lorsqu’il a conçu une situation plus complexe, avec plus de murs et un troisième policier, 90 % des enfants de quatre ans ont réussi.

Cela montre que les enfants ont largement perdu leur pensée égocentrique à l’âge de quatre ans, car ils sont capables d’adopter le point de vue d’autrui.

L’expérience de Hughes a permis de le démontrer parce que la tâche avait un sens pour l’enfant, alors que celle de Piaget n’en avait pas. Suggérant que les différences de « sens » que les enfants attribuent à la situation peuvent être à l’origine de leur réussite ou de leur échec à la tâche.

La tâche du « plateau tournant

Dans le test d’égocentrisme de Borke (1975), l’enfant reçoit deux modèles identiques d’une scène tridimensionnelle (plusieurs scènes différentes ont été utilisées, notamment différentes dispositions de personnages et d’animaux jouets et un modèle de montagne similaire à celui de Piaget et Inhelder). L’un des modèles est monté sur un plateau tournant de manière à ce que l’enfant puisse facilement le faire tourner
l’enfant peut facilement le faire tourner.

Après une séance d’entraînement au cours de laquelle l’enfant se familiarise avec le matériel et l’idée de regarder les choses du point de vue d’une autre personne, une poupée est introduite (dans l’étude de Borke, il s’agissait du personnage Grover de « Sesame Street », un programme que les enfants connaissaient bien).

La poupée Grover a été placée de manière à ce qu’elle « regarde » le modèle d’un point de vue particulier et l’enfant a été invité à tourner l’autre modèle jusqu’à ce que sa vision du modèle corresponde à celle de Grover.

Borke (1975) a constaté qu’en utilisant le modèle des « montagnes », les enfants de trois ans choisissaient une vue correcte dans 42 % des cas et les enfants de quatre ans dans 67 % des cas. Avec d’autres affichages, la précision des enfants de trois ans est passée à 80 % et celle des enfants de quatre ans à 93 %.

Limites de la pensée de l’enfant

Piaget a concentré la majeure partie de la description de ce stade sur les limites de la pensée de l’enfant, en identifiant un certain nombre de tâches mentales que les enfants semblent incapables d’accomplir.

Il s’agit notamment de l’incapacité à décentrer, à conserver, à comprendre la sériation (l’incapacité à comprendre que les objets peuvent être organisés en une série ou un ordre logique) et à effectuer des tâches d’inclusion.

Les enfants au stade préopérationnel sont capables de se concentrer sur un seul aspect ou une seule dimension des problèmes (centration). Par exemple, supposons que vous disposiez deux rangées de blocs de telle sorte qu’une rangée de 5 blocs soit plus longue qu’une rangée de 7 blocs.

Les enfants préopérationnels peuvent généralement compter les blocs de chaque rangée et vous dire le nombre qu’ils contiennent. Cependant, si vous leur demandez quelle rangée en contient le plus, ils répondront probablement que c’est celle qui fait la ligne la plus longue, parce qu’ils ne peuvent pas se concentrer simultanément sur la longueur et le nombre. Cette incapacité à se décentrer contribue à l’égocentrisme de l’enfant préopérationnel.

Piaget Conservation 1

La conservation est la compréhension du fait qu’une chose reste la même en quantité même si son apparence change. Pour être plus technique, la conservation est la capacité à comprendre que la redistribution d’un matériau n’affecte pas sa masse, son nombre ou son volume.

La capacité à résoudre ce problème et d’autres problèmes de « conservation » marque le passage à l’étape suivante.

Qu’est-ce que ces tâches nous apprennent sur les limites de la pensée préopérationnelle en général ?

Piaget a tiré un certain nombre de conclusions connexes :

  1. La compréhension de ces situations est « liée à la perception ». L’enfant est attiré par les changements d’apparence des matériaux pour conclure qu’un changement s’est produit.
  2. La réflexion est « centrée » sur un aspect de la situation. Les enfants remarquent des changements dans le niveau de l’eau ou dans la longueur de l’argile sans remarquer que d’autres aspects de la situation ont changé simultanément.
  3. La réflexion est centrée sur les états plutôt que sur les transformations. Les enfants ne suivent pas ce qui est arrivé aux matériaux et se contentent d’un jugement intuitif basé sur leur apparence « actuelle ».
  4. La pensée est « irréversible » dans la mesure où l’enfant ne peut pas comprendre qu’une transformation inverse ramènerait le matériau à son état initial. La réversibilité est un aspect crucial de la pensée logique (opérationnelle) des stades ultérieurs.

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